La construction en CLT nécessite un contrôle de l'humidité
Pratique et exécution du chantier dans la construction en bois sensible à l'humidité
Le bois lamellé-croisé (CLT) fait de plus en plus d'adeptes dans le secteur de la construction. Ce matériau allie performance structurelle et faible impact environnemental et répond à la demande croissante de solutions de construction durables. Pourtant, son application dans notre pays s'avère moins évidente qu'on ne le pense souvent. L'humidité est un facteur critique, surtout pendant la phase de construction. Dans un climat où la pluie n'est jamais loin, c'est souvent ce facteur qui fait la différence entre un bâtiment performant et des dégâts potentiels. La question n'est donc plus de savoir s'il est possible de construire en CLT en Belgique, mais comment le faire de manière réfléchie et en tenant compte de l'humidité.
Le CLT, nouvelle norme de construction?
Le bois lamellé-croisé, mieux connu sous le nom de Cross-Laminated Timber (CLT), est constitué de panneaux de bois massifs composés de lamelles croisées. Cette construction garantit une grande stabilité dimensionnelle et permet d'obtenir des portées et des hauteurs de bâtiment plus importantes qu'avec la construction traditionnelle à ossature en bois.
Un avantage majeur réside dans le processus de construction à sec. Contrairement aux méthodes de construction humide, où les temps d'attente s'allongent souvent en raison des temps de séchage, le CLT permet un assemblage rapide et efficace. Les éléments sont préfabriqués avec une grande précision dimensionnelle, ce qui permet de réduire les délais d'exécution. En théorie, la construction en CLT peut donc garantir que nos bâtiments seront construits plus rapidement, avec moins d'ouvriers sur le site et sur un chantier propre.
En outre, le poids plus faible joue également un rôle. Par rapport à une structure équivalente en béton, les éléments en CLT sont considérablement plus légers, ce qui se traduit par des fondations moins lourdes et un levage plus aisé.
À ces avantages pratiques s'ajoute une valeur ajoutée écologique. Le bois agit comme un réservoir de carbone et est une matière première renouvelable, ce qui permet au CLT de jouer un rôle important dans la transition vers un secteur de la construction plus durable. Ce sujet a fait couler beaucoup d'encre. Pourtant, le soleil ne brille pas toujours au-dessus d'un panneau CLT.
Un petit détail sur le chantier peut avoir des conséquences majeures pour les constructions en CLT
L'humidité, un facteur critique
Les avantages du CLT sont évidents, mais ils soulèvent en même temps une question logique: "Pourquoi tous les nouveaux bâtiments ne sont-ils pas construits en bois massif?"
Outre les discussions et les développements bien connus concernant le prix de revient, la sécurité incendie et l'acoustique, il y a un aspect qui revient dans presque tous les projets, mais qui, en même temps, reste largement sous-exposé au niveau international: la sensibilité à l'humidité.
Le bois est un matériau hygroscopique. Cela signifie qu'il absorbe et libère de l'humidité en fonction des conditions ambiantes. Dans le cas des panneaux CLT, l'absorption de l'humidité est plus rapide que sa libération, en particulier aux extrémités des panneaux. Par conséquent, l'humidité peut s'accumuler localement, ce qui augmente le risque de moisissure et, dans les cas extrêmes, de pourriture du bois.
Un taux d'humidité maximal de 20% est généralement utilisé comme valeur indicative pratique. Dès que cette limite est dépassée pendant une période prolongée, le risque de dommages augmente considérablement et une intervention devient nécessaire.
Construire dans un climat difficile
Le contexte belge rend l'histoire plus complexe. Il n'y a pas de saison sèche, mais les précipitations s'étalent tout au long de l'année. Combinées à des températures modérées et à une humidité relativement élevée, ces conditions créent un climat particulièrement favorable aux processus de dégradation biologique tels que la pourriture brune et la pourriture blanche.
Pour les projets CLT, le risque le plus important se situe pendant la phase de construction. Pendant cette période, les panneaux ne sont souvent pas encore entièrement protégés et, en fonction de la stratégie de chantier choisie, ils sont exposés au climat extérieur pendant une période plus longue.
Cette réalité fait que de nombreux partenaires de la construction restent réticents. Après une première expérience avec le CLT, où les problèmes d'humidité sont souvent sous-estimés, ils optent souvent à nouveau pour des systèmes de construction plus familiers. Ils ont l'impression que les risques l'emportent sur les avantages, de sorte que l'image de risque de la construction en CLT reste élevée.
Un petit détail sur le chantier peut avoir des conséquences importantes pour les constructions en CLT
La différence réside dans l'approche
Le temps pluvieux doit-il toujours prendre le pas sur notre ambition de construire de manière durable? Non. - L'indice climatique Scheffer montre que la Belgique a effectivement un score climatique négatif en ce qui concerne la pourriture du bois. Pourtant, certaines régions présentant des scores similaires - une combinaison de température et d'humidité relative - ont développé la construction en CLT.
Cela suggère que le défi n'est pas uniquement lié au climat, mais surtout à la manière dont les projets sont conçus et exécutés. En d'autres termes, ce n'est pas la pluie en soi qui pose problème, mais l'absence de stratégie appropriée pour y faire face.
La clé réside donc dans une approche intégrée qui inclut la gestion de l'humidité dès le début.
Concevoir en tenant compte de l'humidité
Une grande partie du risque peut en fait être atténuée au stade de la conception grâce à la protection par conception. Une règle de base simple mais efficace s'applique ici: éviter l'humidité d'une part et favoriser le séchage d'autre part.
Dans la pratique, cela se traduit par des choix de conception tels que l'utilisation de structures perméables à la vapeur, l'évitement des accumulations sensibles à l'humidité, la protection des côtés des panneaux d'extrémité et la limitation des zones horizontales où l'eau peut rester.
L'inclusion de la quatrième dimension dans la conception, à savoir le temps, est tout aussi importante. Un détail qui fonctionne parfaitement à l'état fini à la lumière de la protection contre l'humidité peut temporairement présenter un risque pendant la construction. La formation de flaques d'eau sur les sols ou les toits en est un exemple typique: très souvent, un plancher intermédiaire dans la phase de construction doit être considéré comme un toit plat temporaire en termes de protection contre l'humidité.
En tenant compte de ces considérations dès la phase de conception, la moitié du gain est déjà acquise.
Un plan de gestion de l'humidité comme base
Outre les choix de conception, une stratégie de chantier claire est essentielle. Un plan de gestion de l'humidité est un outil important à cet égard. Un tel plan identifie systématiquement les zones à risque d'un projet et y associe des mesures concrètes. Il décrit non seulement comment les panneaux sont protégés, mais aussi qui est responsable de quoi et comment intervenir en cas de circonstances inattendues.
Il est important de noter que le plan n'est pas un document statique, mais qu'il évolue avec le site. Les nouvelles phases entraînent de nouveaux risques et nécessitent des mesures adaptées, tandis que les conditions météorologiques peuvent également s'écarter des prévisions.
Les risques les plus importants au CLT ne surviennent pas lors de la conception, mais au cours de l'exécution
Sensibilisation sur le site
Dans la pratique, de nombreux dommages se produisent aux interfaces entre les différentes parties exécutantes. De petites interventions ou des actions apparemment anodines peuvent avoir des conséquences inattendues.
Une membrane endommagée, une ouverture de drainage bloquée, une pénétration ouverte vers un étage inférieur ou l'absence de couverture d'un élément avant le week-end peuvent entraîner une accumulation d'eau lors de la toute prochaine averse. Alors que ces situations ont souvent peu d'impact avec les méthodes de construction "traditionnelles", elles peuvent devenir problématiques avec le CLT.
Il est donc essentiel que toutes les parties concernées soient conscientes de la sensibilité du matériau. Une compréhension commune des risques par toutes les parties permet simplement d'avoir plus d'yeux sur le chantier, de repérer les problèmes et de les traiter plus rapidement.
Gestion active de l'eau sur le site
L'un des principaux moyens d'atténuer les problèmes d'humidité consiste à drainer activement l'eau. Pour ce faire, on peut prévoir des pentes, des drains temporaires ou des ouvertures qui permettent à l'eau de s'écouler des surfaces horizontales. Dans certains cas, cela nécessite une intervention manuelle, par exemple en tirant l'eau vers un point d'évacuation.
Bien que relativement simple, cette approche reste tributaire de la présence humaine et de la synchronisation. Par conséquent, la gestion active de l'eau est principalement un complément utile, mais rarement suffisant comme seule mesure dans notre climat belge.
Protection des panneaux
Outre les mesures actives, il existe différents systèmes de protection passive des panneaux contre les précipitations. Il peut s'agir de rubans, de membranes, de revêtements ou de traitements à la cire.
L'efficacité de ces solutions dépend fortement d'une application correcte. Le bon produit doit être utilisé au bon endroit et, surtout, au bon moment. Les fabricants fournissent des directives détaillées à ce sujet, qui doivent être suivies scrupuleusement dans la pratique.
En même temps, il faut être prudent. En effet, les systèmes de protection peuvent créer un faux sentiment de sécurité. Un dommage apparemment anodin, tel qu'une déchirure dans une membrane, peut complètement annuler son fonctionnement sans être immédiatement visible, ou même se retourner contre lui.
Protection au niveau du projet
À plus grande échelle, l'ensemble du chantier peut également être protégé contre les précipitations. Dans les pays scandinaves, par exemple, l'utilisation de tentes de construction est une pratique courante. Ces solutions sont très efficaces, mais impliquent également un coût et un impact logistique considérables. D'autre part, il n'est pas toujours nécessaire de fournir un abri complet.
Des interventions plus ciblées et localisées permettent souvent d'obtenir un effet similaire. Après tout, la plupart des projets CLT présentent peu de risques. Protéger localement les zones à risque existantes, par exemple à l'aide de bâches ou de tentes de construction locales temporaires, peut déjà faire une grande différence. De cette manière, l'investissement reste gérable, tout en protégeant les zones critiques.
Le séchage en dernière étape
Lorsque les panneaux sont mouillés, l'accent est mis sur le séchage. Une conception ouverte à la vapeur et la ventilation contribuent au séchage naturel, mais dans de nombreux cas, ce processus est trop lent pour respecter le calendrier de construction. Tout dépend bien sûr des niveaux d'humidité mesurés. Pour les valeurs à long terme supérieures à 20%, le séchage mécanique offre alors une solution.
Dans ce cas, il est important de procéder de manière contrôlée. Un séchage trop rapide, par exemple à des températures élevées, peut entraîner des fissures dans le bois. Cela n'a pas seulement des conséquences esthétiques, mais peut également affecter l'étanchéité à l'air et la durabilité de la construction.
C'est pourquoi le séchage doit de préférence rester un dernier recours, après que toutes les mesures préventives ont été épuisées.
Conclusion
Le CLT offre des avantages évidents et peut jouer un rôle important dans l'avenir de l'industrie de la construction. En même temps, le matériau exige une méthode de travail différente, en particulier dans les climats humides.
La réussite d'une construction en CLT ne commence pas sur le chantier, mais par une conception réfléchie et une stratégie claire en matière de gestion de l'humidité. En combinant prévention, sensibilisation et mesures ciblées, les risques peuvent être considérablement réduits. Ce n'est pas le climat qui détermine le succès d'un projet CLT, mais la façon dont il est géré.